En 2026, la conformité ADR reste au cœur des préoccupations des entreprises qui manipulent, expédient ou transportent des marchandises dangereuses. Parmi les obligations souvent méconnues, le chapitre 1.3 de l’ADR (Accord relatif au transport international des marchandises dangereuses par route) impose une formation obligatoire à l’ensemble du personnel intervenant dans la chaîne de transport — bien au-delà des seuls conducteurs. Tour d’horizon des entreprises concernées et de leurs obligations concrètes.
Qu’est-ce que la formation ADR 1.3 ?
Le chapitre 1.3 de l’ADR s’intitule « Formation des personnes intervenant dans le transport des marchandises dangereuses ». Il établit une obligation de formation générale qui s’applique à tous les salariés dont les fonctions touchent de près ou de loin au transport de marchandises dangereuses.
Cette formation se distingue du certificat ADR délivré aux conducteurs (chapitre 8.2). La formation 1.3 concerne le personnel non-conducteur : logisticiens, préparateurs de commandes, agents d’expédition, caristes, responsables d’entrepôts…
Les trois volets obligatoires de la formation ADR 1.3
L’ADR 2025 (en vigueur depuis le 1er janvier 2025, seule version applicable en 2026) définit le contenu de cette formation en trois composantes :
1. La sensibilisation générale (1.3.2.1) : le personnel doit maîtriser les prescriptions générales de la réglementation. Comprendre ce que sont les marchandises dangereuses, leur classification et les grands principes réglementaires.
2. La formation spécifique (1.3.2.2) : adaptée aux fonctions et responsabilités concrètes de chaque salarié. Un agent d’expédition ne recevra pas le même contenu qu’un opérateur de remplissage. Si le transport est multimodal, la formation couvre aussi les exigences des autres modes.
3. La formation en matière de sécurité (1.3.2.3) : porte sur les risques et dangers concrets. Elle prépare le personnel aux procédures d’urgence et à la manutention sécurisée, selon la gravité du risque lié à un incident éventuel.
Et le recyclage périodique (1.3.2.4) : la formation doit être renouvelée régulièrement pour tenir compte des évolutions réglementaires. L’ADR est mis à jour tous les deux ans.
Quelles entreprises sont concernées en 2026 ?
L’article 1.3.1 de l’ADR est clair : la formation s’impose aux personnes employées par les intervenants listés au chapitre 1.4 de l’ADR, dont les fonctions comprennent le transport de marchandises dangereuses.
Les intervenants visés sont : l’expéditeur (toute entreprise remettant des marchandises dangereuses au transporteur), le transporteur (entreprise effectuant le transport routier), le destinataire (entreprise réceptionnant les marchandises), le chargeur, l’emballeur, le remplisseur de citernes, et l’opérateur de transport multimodal.
Secteurs concrètement concernés en 2026 :
— Industries chimiques et pétrochimiques : tout employé participant à la préparation, à l’expédition ou à la réception de produits chimiques classés dangereux.
— Transport et logistique : transporteurs routiers, prestataires logistiques, plateformes de cross-docking. L’ensemble du personnel opérationnel est visé.
— Distribution de carburant et de gaz : fioul, GPL, gaz industriels ou médicaux. Les agents de livraison, de remplissage et d’exploitation sont directement concernés.
— Secteur pharmaceutique et biomédical : matières biologiques et produits pharmaceutiques classés dangereux. Personnel des laboratoires, entrepôts et services d’expédition.
— Agroalimentaire (vins, alcools, pesticides) : l’alcool, les désinfectants et les produits phytosanitaires sont des marchandises dangereuses. Coopératives agricoles, négociants en vins et distributeurs d’intrants agricoles concernés.
— Bâtiment et travaux publics : résines, solvants, gaz sous pression. Les responsables logistiques des entreprises de BTP doivent veiller à la conformité.
— Grande distribution et e-commerce : enseignes distribuant des produits d’entretien, aérosols, batteries au lithium ou matériaux inflammables en grandes quantités.
Qui est exclu du champ d’application du 1.3 ?
Les conducteurs ADR relèvent du chapitre 8.2 et obtiennent un certificat spécifique — ils sont exclus du 1.3 (NOTA 2 de la section 1.3.1). Le conseiller à la sécurité est soumis à la section 1.8.3, non au 1.3 (NOTA 1). Enfin, les entreprises dont les activités impliquent uniquement des quantités inférieures aux seuils d’exemption du 1.1.3.6 (transport en petites quantités) bénéficient d’une exonération — strictement encadrée.
Les obligations documentaires
L’article 1.3.3 de l’ADR impose de tenir des relevés des formations dispensées. Ces documents doivent être conservés par l’employeur pour la durée fixée par l’autorité compétente, communiqués à l’employé ou à l’autorité sur demande, et vérifiés à l’embauche de tout nouveau salarié. En France, l’arrêté TMD du 29 mai 2009 (consolidé au 1er janvier 2025) précise que l’employeur doit communiquer ces relevés au salarié dans tous les cas de rupture du contrat de travail.
Ce qui change avec l’ADR 2025 appliqué en 2026
L’ADR 2025 est entré en vigueur le 1er janvier 2025, avec une période transitoire permettant l’application de l’ADR 2023 jusqu’au 30 juin 2025. En 2026, seul l’ADR 2025 est applicable. Les entreprises dont le personnel a été formé sur la base de l’ADR 2023 ou d’une version antérieure doivent vérifier la mise à jour de leur programme. La formation 1.3 n’est donc pas un acte unique : elle s’inscrit dans une démarche continue.
Comment se mettre en conformité ?
Étape 1 : Cartographier les postes concernés — identifier tous les salariés dont les fonctions impliquent le transport de marchandises dangereuses (expédition, réception, chargement, déchargement, remplissage, emballage…).
Étape 2 : Auditer les formations existantes — vérifier la date et le contenu des formations déjà dispensées et les comparer aux exigences de l’ADR 2025.
Étape 3 : Organiser les sessions de formation ou de recyclage avec un organisme spécialisé.
Étape 4 : Mettre à jour les relevés documentaires et s’assurer de leur disponibilité en cas de contrôle.
Conclusion
La formation ADR 1.3 est une obligation réglementaire souvent sous-estimée, qui concerne bien plus d’entreprises qu’on ne le croit. En 2026, avec l’ADR 2025 pleinement en vigueur, tout employeur dont le personnel participe à la chaîne du transport de marchandises dangereuses — qu’il soit expéditeur, chargeur, destinataire ou logisticien — doit s’assurer que ses équipes sont formées, à jour, et que les preuves documentaires sont en ordre.